Présentation de la contribution “Besoin de Gauche”

4 août 2008 · Publié dans la catégorie Textes de référence 

II - Promouvoir l’égalité réelle.

Nous doutons que les Français aient quoi que ce soit à attendre de la fausse radicalité d’une rupture annoncée avec le capitalisme dont on sait ce qu’elle a humainement et socialement coûté. Adeptes d’une politique qui s’appuie sur les réalités, nous ne nous résignons pas pour autant à réduire le socialisme à un pragmatisme gestionnaire ou à un réformisme purement défensif, qui ne feraient que combattre les dégradations de l’Etat social et du modèle républicain. Nous pensons que la gauche doit continuer à œuvrer à la concrétisation de l’utopie qui est, depuis la Révolution française, au cœur de sa vocation.

Notre nouvel horizon de transformation sociale réside dans une lutte massive contre les mécanismes de « reproduction sociale » qui font perdurer les privilèges de naissance. Face à une droite qui se dit libérale alors qu’elle est banalement conservatrice, reproduisant de génération en génération les inégalités de patrimoine et de savoir, nous devons incarner la recherche de l’égalité réelle des chances, en affirmant notre volonté de donner à chacun les moyens d’accéder au « capital culturel », de déployer ses talents et de trouver sa juste place dans la société. Notre projet pour l’école, l’université et la formation professionnelle devra donc occuper un rôle central.

Nous revendiquons la « valeur travail » comme vecteur d’émancipation et d’accomplissement de l’individu. Mais l’émancipation par le travail, loin d’être un fait acquis pour tous, demeure un combat. Au « travailler plus » de Nicolas Sarkozy, nous opposons le « travailler mieux » : le refus de la précarisation de l’emploi, la protection de la santé au travail, la participation des salariés à la gouvernance de leur entreprise, l’accroissement de la mobilité professionnelle par la valorisation des compétences, l’articulation entre les temps consacrés au travail, à la famille ou à la culture sont nos préoccupations constantes.

La volonté d’étendre les libertés et de permettre à chaque individu de s’émanciper en lui fournissant les moyens de choisir sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles demeure un principe directeur de notre action. Elle rejoint la nécessité de tenir compte du processus d’individualisation sociale et culturelle qui travaille en profondeur notre société et remodèle les classes traditionnelles. Qu’il s’agisse des retraites, de l’éducation, des conditions de travail, nous pensons que le socialisme doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent. Il ne doit pas craindre à nos yeux de contourner le niveau trop homogénéisant du groupe social ou du territoire pour faire désormais davantage descendre, quand c’est possible, l’action correctrice de la politique au niveau même de l’individu.

Cet engagement en faveur des libertés ne nous rend pas sourds à la demande d’autorité et de règles qui émane de la société contemporaine. Si elle résulte pour une part essentielle des effets déstructurants de la crise économique et sociale, la montée des phénomènes d’insécurité au cours des dernières décennies nous a rappelés aux nécessités d’une liberté ordonnée, d’une meilleure articulation des droits et des devoirs.

Cette prise en compte des réalités et des aspirations individuelles ne nous conduit pas pour autant à cautionner les dérives de l’individualisme contemporain. Nous refusons la généralisation de la concurrence entre les individus. Nous combattons la réduction de la politique au consumérisme et à la juxtaposition des revendications catégorielles. Nous pensons ainsi que pour endiguer la dérive communautariste qui nous menace, il faut faire de la lutte contre les discriminations un axe central de la politique sociale. En clair, nous travaillons à une société d’individus où ne pèseraient plus les privilèges de naissance et les déterminations de classe, où chacun aurait tous les moyens de réussir et de s’accomplir sans l’intervention de la collectivité. Attachés au pari des Lumières et à la force des solutions collectives, nous refusons la perspective d’une société atomisée et défendons la nécessité de construire et de faire vivre des institutions communes au service de la justice sociale.

Loin d’épouser les antagonismes internes à notre base sociale, loin de vouloir jouer à notre tour sur la division des « inclus » et des « exclus », nous souhaitons au contraire que la gauche élabore dans les années qui viennent un nouveau pacte social et territorial pour relever le défi de la société « fragmentée ». Celui-ci devra afficher des thèmes fédérateurs (protection contre les effets négatifs de la mondialisation, sauvegarde de la protection sociale, promotion individuelle) et indiquer aux couches populaires et moyennes, aux habitants des cités comme à ceux du monde rural et périurbain ce qu’ils peuvent attendre de la gauche. Nous pensons notamment que la gauche doit continuer à faire de la lutte contre l’exclusion et la pauvreté une priorité politique tout en veillant à ne pas alimenter la critique contre « l’assistanat ». Elle doit mieux répondre que ne le fait la droite à l’enjeu du pouvoir d’achat, en priorité lorsqu’il porte sur les biens premiers que sont le logement, la santé et l’éducation. Elle doit permettre à tous ceux qui résident en France, d’où qu’ils viennent, d’y vivre dignement. Elle doit aussi rechercher une répartition plus juste des charges publiques par une réforme fiscale courageuse qui pénalise la rente, encourage l’effort et le travail et épargne les plus démunis.

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Commentaires

Un commentaire to “Présentation de la contribution “Besoin de Gauche””

  1. Andr ABALEA on 17 juillet 2008 19:12

    Il est important d’inclure une critique radicale de la politique actuelle dont je voudrais apporter un exemple :
    Le sarkozisme représente à un retour au capitalise pur et dur à la Bush ou à la Berlusconi, qui s’est appuyé sur le discours de Sarkozy, qui est construit sur une rhétorique implacable annonçant une chose et son contraire, ce qui lui permet d’affirmer qu’il ne ment jamais et que ses interlocuteurs sont de mauvaise foi. Pour le contrer il faut dons le prendre au piège des faits qui représentent la seule réalité valable !
    Sur le plan des valeurs, il substitue à la valeur traditionnelles de l’ égalité, la valeur travail qui est naturellement un leurre, car il s’agit non de travailler plus pour gagner plus, mais de gagner la même chose pour un travail supplémentaire, ce qui est démontré par l’abandon de fait de la durée légale du travail, dans la mesure où les 35 heures par exemple sont idées de leur contenu. C’est cela le défi lancé aux syndicats : on annonce e maintien des 5 heures mais on le vide de son contenu en laissant une négociation locale avec les employeurs pour les heures supplémentaires qui s’inscriront progressivement dans la durée du travail, la on augmentation des salaires t l’inflation, feront le reste.

    La même technique est utilisée pour toutes les autres Institutions dont l’Ecole est un bon exemple : cette dernière garantira seulement la reproduction des favorisés et son le contenu républicain d’ascension sociale, sera abandonné. On aura progressivement une société de type monarchique qui maintiendra chacun à une place donnée de naissance par le truchement des héritages ! Seuls les riches continueront de s’enrichir au détriment des plus pauvres !

La contribution Besoin de Gauche     La contribution Besoin de Gauche