Présentation de la contribution “Besoin de Gauche”

4 août 2008 · Publié dans la catégorie Textes de référence 

Quel programme de travail pour les socialistes dans les deux années qui viennent ?

Pour trancher les grandes orientations, nous proposons que soient organisées sept grandes conventions dans le cadre d’ateliers de l’alternative ouverts à nos partenaires et à la société civile.

Sept conventions nationales pour 2009-2010 :

1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.

2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail.

3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.

4. Promouvoir une démocratie renouvelée.

5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.

6. Construire une Europe unifiée et puissante.

7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.

Ces conventions devront impliquer les militants et déboucher sur des orientations claires et des réponses concrètes aux problèmes des Français. Elles devront aussi se nourrir de l’expérience et de la réflexion des autres partis socialistes et sociaux-démocrates en Europe et dans le monde.
1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.
Comment retrouver des marges de manœuvre pour l’Etat ? Quels sont les leviers de la croissance ? Les socialistes doivent redéfinir leur corpus doctrinal sur ce sujet, avec pour objectif prioritaire l’économie de l’intelligence, le soutien à l’innovation et à la recherche, une réforme profonde de la formation professionnelle et une remise à plat du rôle de la puissance publique dans l’aide aux territoires fragiles et aux secteurs en difficulté.

Mais ne commettons pas une nouvelle fois l’erreur de croire que l’efficacité gestionnaire est un but en soi. C’est à un partage plus équitable des fruits de la croissance que nous aspirons, à l’inverse de la tendance qui, depuis les années 1980, réduit la part des salaires dans le revenu national.

Alors que la droite agit pour construire une économie de la rente, la priorité du Parti socialiste doit être un partage plus juste de la valeur ajoutée, l’inversion du processus de smicardisation qui tire les salaires vers le bas et une mobilisation pour enrayer la précarisation des salariés.

Nous devons aussi rendre la croissance compatible avec l’impératif écologique. Au-delà des principes et des déclarations d’intention dont il a sans doute abusé, le Parti socialiste doit répondre précisément à la question que nous posent les Français : comment assurer la satisfaction des besoins humains sans exposer les moins favorisés aux dommages liés à la crise environnementale ? Réduire les prélèvements sur les ressources non renouvelables comme sur les écosystèmes, favoriser la restauration de leur capacité à se régénérer, sont deux axes de la croissance durable, de la croissance verte que nous voulons. Ils fondent l’espace pour conquérir de nouveaux droits sociaux et environnementaux au bénéfice du plus grand nombre.

La gauche doit agir contre les intérêts industriels et financiers qui entretiennent le statu quo et aider les citoyens à faire face au défi écologique, avec davantage de transports collectifs, une aide à la restructuration des filières dépendantes du pétrole, et, d’une manière générale, une remise à plat de toutes les politiques publiques conçues pendant la période d’euphorie pétrolière (urbanisme, autoroutes, etc.).

Surtout, il faut rompre avec l’idée selon laquelle la prise en compte des impératifs environnementaux serait un frein à la croissance. Elle doit au contraire constituer un facteur de développement, par la mise au point de technologie de pointe, plus propres et réduisant de manière drastique les prélèvements sur les ressources. Nous voulons une société de la connaissance stimulée par le principe de précaution, ce qui exigera une intensification de la recherche et de l’innovation, au service du progrès humain.

2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail

Dans une économie en mouvement incessant, les salariés ne savent plus pour qui, pourquoi ni jusqu’à quand ils travaillent. La concurrence règne entre eux : entre chômeurs et stagiaires, entre salariés, chômeurs et stagiaires. Elle est attisée par la recherche sans fin d’économies, par l’injonction de performance et par l’instabilité du travail. La pression augmente, engendrant pour certains la démotivation et pour d’autres le stress et la souffrance au travail. Sont maintenus dans la pauvreté des travailleurs jeunes, précaires, des femmes, tandis que les rémunérations de certains cadres dirigeants atteignent des niveaux record.

La protection et les réponses des syndicats, des prud’hommes, de l’inspection du travail et de la médecine du travail débordés ou bâillonnés sont devenues largement insuffisantes.

Nous devons repenser notre politique d’allègements fiscaux et sociaux de sorte qu’elle ne facilite ni la stagnation des bas salaires, ni l’envolée des hautes rémunérations. Nous devons rendre effectifs les droits élémentaires des citoyens salariés : celui de ne pas souffrir, de se défendre efficacement, d’être préparés aux évolutions des métiers et de l’entreprise, d’être valorisés pour leurs apports. Une de nos toutes premières priorités sera de repenser les méthodes, le rôle, le jeu et les moyens des acteurs, de renforcer la présence et le rôle des syndicats, de valoriser les entreprises citoyennes qui respectent les salariés tout en travaillant à l’harmonisation progressive de nos politiques au niveau européen.

3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.

Un nouvel ordre libéral s’est mis en place qui rompt avec la tradition de l’Etat social. Il ne se contente pas de faire l’apologie de la propriété et de la liberté du marché mais il limite autant que possible l’intervention publique. Il ne s’agit plus de gouverner à cause du marché mais de gouverner par le marché. L’économie de marché n’est plus le principe de limitation de l’Etat mais le principe de régulation de son action. C’est un Etat sous surveillance du marché et non plus un marché sous surveillance de l’Etat. On passe de l’échange à la concurrence érigée en principe constituant. L’individu est considéré à partir de ses intérêts économiques en tant que consommateur et non plus en tant que producteur. Le résultat, c’est un activisme juridique qui produit un Etat procédural et une dépolitisation de la vie sociale.

C’est dans ce contexte que le modèle français d’Etat-Providence, issu du compromis social de l’après-guerre, soulève désormais un problème d’efficacité et d’équité. Il doit être refondé sur des bases plus universelles et plus égalitaires. Avant de proposer de nouvelles prestations, une remise à plat d’ensemble s’impose pour mieux répondre aux attentes de la population.

Nous devons reformuler nos objectifs et nos propositions dans l’ensemble des secteurs où la population attend une intervention publique. Logement social, hôpitaux, transports publics… : rien ne doit échapper à l’analyse et à la recherche de solutions plus innovantes et plus efficaces.

A l’opposé du discours catastrophiste et culpabilisant de la droite qui conduit une réforme comptable et aveugle de l’Etat, le Parti socialiste doit définir les ambitions du service public et les moyens d’une mise en œuvre efficiente et équitable pour l’ensemble de la population et des territoires. C’est le cœur du projet socialiste qui est en jeu, à savoir notre capacité à provoquer et nourrir une énergie collective créatrice de lien social, contre la logique d’atomisation de la droite.

4. Promouvoir une démocratie renouvelée.

Les citoyens en ont assez de l’unilatéral : ils aspirent à davantage d’écoute, de respect et de partage. Nos institutions sont à bout de souffle et désormais directement menacées par l’hypertrophie présidentielle et la violence de pratiques que l’on croyait d’un autre temps.

Faute de revenir sur le principe même de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, le Parti socialiste doit engager nos institutions vers une VIème République avec un contrat de législature fondé sur la responsabilité réciproque entre le Premier ministre et sa majorité parlementaire. Cette République doit être dotée de véritables contre-pouvoirs : Parlement renforcé, justice et presse indépendantes, limitation du cumul des mandats.

La démocratie locale doit également prendre sa part dans ces évolutions. Elle a convaincu, mais il reste à effectuer le saut décisif pour faire entrer la décentralisation dans le XXIème siècle, en visant en priorité la démocratisation des instances de coopération intercommunales, qui doivent être élues au suffrage universel, l’engagement pour une régionalisation de niveau européen et la clarification des compétences, s’appuyant sur la réforme de la fiscalité locale et un nouveau contrat entre l’Etat et les collectivités locales.

Au-delà des questions institutionnelles, le Parti socialiste doit redonner un sens aux principes républicains, contre la persistance des discriminations et contre le retour du religieux dans la vie publique. Tirons les leçons des échecs passés et ouvrons-nous à davantage de diversité pour retrouver une parole convaincante et crédible sur le sujet.

5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.

La possibilité d’être maître de son destin est au fondement du projet socialiste. L’éducation et la culture doivent occuper une place centrale dans nos propositions, avec la volonté de dépasser les discours convenus et théoriques et de tracer une action efficace dans la lutte contre les inégalités.

La promesse républicaine de l’égalité scolaire et la démocratisation de l’accès à la culture sont autant de chantiers dont le Parti socialiste doit proafondément renouveler l’analyse et les solutions.

Par ailleurs, la gauche perdrait son âme à croire que l’aspiration de la population à davantage de sécurité est une aspiration au retour à un certain ordre moral. Le Parti socialiste doit poursuivre le combat pour l’émancipation et la liberté de chacun de choisir sa vie. Il doit aussi œuvrer pour que les conséquences potentiellement dramatiques du changement climatique n’exposent pas les sociétés humaines à la perte du sens, qui conduirait à la disparition de la démocratie. Avant que ne survienne l’effondrement d’une société, l’Histoire nous enseigne que l’intensification des conflits d’accès aux ressources vitales conduit inéluctablement à l’élimination des plus faibles. Cette perspective est intolérable pour des socialistes.

6. Construire une Europe unifiée et puissante.

Le non irlandais confirme, pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris, le danger que fait courir à l’Union européenne le déficit démocratique dans lequel elle ne cesse de s’enliser. En sus des orientations proposées dans cette contribution, le Parti socialiste doit, avec la gauche européenne, proposer rapidement des institutions plus fédérales et plus parlementarisées. Sans cela, l’objectif fondamental de l’harmonisation sociale et les avancées dans les domaines de l’environnement, de l’énergie, de la défense, etc. relèveront du vœu pieux, quand ce n’est pas de l’hypocrisie.

Même si cette évolution nécessite de créer un noyau restreint d’Etats déterminés à aller de l’avant vers des Etats-Unis d’Europe, le Parti socialiste doit reprendre l’initiative. Il renouera ainsi avec la culture profondément européenne qui fut longtemps la sienne.

7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.

La réduction des inégalités entre le Nord et le Sud est notre objectif, selon trois priorités : la nécessité, pour répondre à la nouvelle donne agricole, de repenser nos propres politiques et nos aides aux pays en développement, la recherche d’un principe de loyauté dans les échanges commerciaux avec l’édiction de normes sociales et environnementales, et une meilleure prise en compte des mouvements migratoires.

Nous devons répondre à la demande de nouvelles régulations face aux excès de la mondialisation, en commençant par le secteur bancaire et celui des marchés financiers, où la crise actuelle appelle l’adoption urgente de nouvelles règles.

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Commentaires

Un commentaire to “Présentation de la contribution “Besoin de Gauche””

  1. Andr ABALEA on 17 juillet 2008 19:12

    Il est important d’inclure une critique radicale de la politique actuelle dont je voudrais apporter un exemple :
    Le sarkozisme représente à un retour au capitalise pur et dur à la Bush ou à la Berlusconi, qui s’est appuyé sur le discours de Sarkozy, qui est construit sur une rhétorique implacable annonçant une chose et son contraire, ce qui lui permet d’affirmer qu’il ne ment jamais et que ses interlocuteurs sont de mauvaise foi. Pour le contrer il faut dons le prendre au piège des faits qui représentent la seule réalité valable !
    Sur le plan des valeurs, il substitue à la valeur traditionnelles de l’ égalité, la valeur travail qui est naturellement un leurre, car il s’agit non de travailler plus pour gagner plus, mais de gagner la même chose pour un travail supplémentaire, ce qui est démontré par l’abandon de fait de la durée légale du travail, dans la mesure où les 35 heures par exemple sont idées de leur contenu. C’est cela le défi lancé aux syndicats : on annonce e maintien des 5 heures mais on le vide de son contenu en laissant une négociation locale avec les employeurs pour les heures supplémentaires qui s’inscriront progressivement dans la durée du travail, la on augmentation des salaires t l’inflation, feront le reste.

    La même technique est utilisée pour toutes les autres Institutions dont l’Ecole est un bon exemple : cette dernière garantira seulement la reproduction des favorisés et son le contenu républicain d’ascension sociale, sera abandonné. On aura progressivement une société de type monarchique qui maintiendra chacun à une place donnée de naissance par le truchement des héritages ! Seuls les riches continueront de s’enrichir au détriment des plus pauvres !

La contribution Besoin de Gauche     La contribution Besoin de Gauche