Lettre de Pierre Moscovici aux amis de Besoin de Gauche

3 septembre 2008 · Publié dans la catégorie Actualité 

Cher(e) Camarade,

J’ai préféré attendre que l’émotion née de l’échec de l’Université d’été de La Rochelle soit retombée pour te faire part de mon analyse et de ma pleine détermination. Tout, pourtant, concourait à faire de ce rendez-vous une réussite, pour le Parti comme pour « Besoin de gauche ». La participation était nombreuse, les ateliers de qualité, la volonté de travailler des militants et leur aspiration à l’unité patentes. Vendredi soir, notre réunion de contribution fut un moment fort. 500 amis, rassemblés dans une salle surchauffée, ont accepté avec enthousiasme, pour l’immense majorité d’entre eux, et en tout cas à l’unanimité les propositions que je leur ai faites, en tant que premier signataire et après une intense concertation préalable.

Ces décisions étaient claires, et ne laissaient place à aucune interprétation divergente possible : volonté d’aller vers une motion réformiste, refusant la présidentialisation du Parti, exigeant des primaires ouvertes, soutien à ma candidature au poste de Premier secrétaire, dont je n’ai pas fait un préalable -c’est l’élégance et la sagesse- mais que j’ai présentée avec une totale fermeté. Il était convenu de proposer cette démarche aux amis de Martine Aubry et à la « Ligne claire » réunie autour de Gérard Collomb et Jean-Noël Guérini, ainsi qu’au « Pôle écologique », sans ostracisme mais sans contacts privilégiés avec Laurent Fabius, dont nous considérions qu’il ne pouvait être au cœur du renouveau nécessaire du Parti. J’ai reçu l’appui de tous, notamment celui d’Arnaud Montebourg et de Jean-Christophe Cambadélis, qui m’a promis un « contrat exclusif jusqu’en 2011 ». Vendredi soir, nous pouvions être fiers de notre force affirmée et de notre cohérence retrouvée, nous étions en situation d’être le pivot d’un pôle de rassemblement puissant, à vocation majoritaire.

Le samedi fut pour le Parti et pour nous un jour de tristesse. Car les images de cette journée furent exactement à l’opposé de nos décisions : réunion matinale de certains d’entre nous avec Laurent Fabius, Martine Aubry, Benoît Hamon, avec la perspective d’un courant de la « gauche décomplexée », déjeuner fort médiatisé avec les mêmes, sans Hamon. Je précise au passage, et de la façon la plus formelle, que je n’ai pas été invité à ces agapes auxquelles au demeurant, comptable d’une autre logique, la nôtre, je ne me serais pas rendu. Arnaud Montebourg, quant à lui, a vu sa bonne foi trompée, et a rétabli les faits dans un communiqué. Il ne s’agissait évidemment pas d’un malheureux concours de circonstance, ou d’aller expliquer aux amis de Laurent Fabius qu’ils n’étaient pas au centre de notre approche, mais de la poursuite organisée, méthodique, d’une démarche entreprise depuis des mois et inlassablement poursuivie. Je ne discute pas le droit de quiconque de penser que les décisions de notre réunion de la veille n’étaient pas les bonnes, mais alors, il eût fallu proposer une alternative à la contribution, qui aurait tranché par un vote. Par souci de l’unité, nous avions sagement et collectivement choisi de l’éviter, il fallait s’en tenir à cette attitude. L’image de tout cela est terrible : tractations complexes, alliances peu lisibles, non respect du vote des militants. Elles ne sont pas bonnes pour le PS, présenté sous son jour le plus sombre, loin des préoccupations des Français. Elles sont mauvaises pour les acteurs de ce jeu : il ne s’agit pas là d’une logique constructive et attractive. Elles sont évidemment négatives pour « Besoin de gauche ».

Que faire maintenant ? Pour ma part, je m’en suis tenu, à la lettre, au mandat qui m’avait été confié : une première étape a été franchie avec la « Ligne claire ». Je me réjouis de ce rassemblement, qui renforce notre assise, se fait sur la base de principes partagés et dans la cohérence, et qui s’est opéré dans la transparence. Je reste déterminé à aller jusqu’au bout de ce mandat, et à conduire la discussion avec Martine Aubry et avec le « Pôle écologique » à partir des décisions que nous avons arrêtées en commun. Revenir aux principes définis ensemble, défendre les thèses de notre contribution, mettre en œuvre les termes du contrat passé : telles sont les conditions pour peser et faire avancer nos propositions, que je crois toujours justes, pour répondre au besoin de gauche que nous ressentons, pour le faire dans l’unité. C’est ainsi que je conçois la politique : dans le respect du vote des militants, dans la cohérence, avec une exigence de vérité.

Permets-moi de te donner, pour terminer un sentiment personnel. Je suis de plus en plus inquiet de la tournure prise par ce Congrès. Les logiques mises en œuvre, ici et là -car d’autres ont bien sûr leur part de responsabilité dans la dégradation du climat dans le Parti- nous mènent à une confrontation qui, si rien n’était fait, désespérerait ceux qui attendent de la gauche une perspective d’alternance et de changement. Nous devons absolument préparer une autre gouvernance au PS, une alternative à la présidentialisation du Parti, chercher, inlassablement, un rassemblement large, réformiste, ancré à gauche. C’est pourquoi je suis, plus que jamais, résolu à militer, à partir de nos idées, pour la remise au travail du Parti, pour son ressaisissement collectif, conduit par une équipe de direction renouvelée, rajeunie, soudée, avec à sa tête un Premier secrétaire dévoué à la tâche essentielle de rénovation qui nous attend, pour l’emporter en 2012.

Tu peux compter sur mon dévouement, je compte sur ta confiance.

Avec ma fidèle amitié,

Pierre Moscovici

Commentaires

2 commentaires to “Lettre de Pierre Moscovici aux amis de Besoin de Gauche”

  1. Régina Garcini on 5 septembre 2008 13:23

    La démarche d’élaboration de la contribution “Besoin de Gauche” a préfiguré ce que sera le travail collectif que nous devrons mener pour répondre aux besoins de tous, une fois revenus aux responsabilités. “Besoin de Gauche” est le produit d’un vrai travail collectif.

    Répondre aux besoins de tous est une définition socialiste de l’égalité de traitement : cela consiste à travailler pour tous les français et pas seulement pour les castes, les puissants et les nantis, comme le fait aujourd’hui la droite, sans complexes, avec cynisme et indécence.

    Besoin de gauche est bien le début d’un travail avec les militants. J’ai soutenu cette contribution car je sais qu’elle est le fruit d’une démarche ouverte aux avancées économiques et politiques tenant le bien-être de tous pour enjeu prioritaire.

    Ses trois piliers en montrent la cohérence : 1 - se mettre au travail ensemble pour élaborer le projet répondant aux enjeux - 2 - désigner le candidat par un vote de tous les gens de gauche qui le souhaitent - 3 - nommer comme premier secrétaire un leader pour mener un travail de fond qui n’a jamais été fait collectivement au parti socialiste.

    Pour nombre de militants comme moi, il n’est pas question de cautionner les dérives d’appareil qui semblent resurgir. L’appareil national et l’appareil local du parti socialiste sont malheureusement devenus des étouffoirs qui s’auto-entretiennent. Beaucoup d’amis de gauche qui pourraient enrichir notre réflexion renoncent à venir au parti parce qu’ils ne veulent pas perdre leur énergie dans ces jeux « socialistement » stériles.

    C’est parce que je souhaite que “Besoin de Gauche” garde le cap voulu par ses militants, c’est parce qu’il apparaît que Pierre n’a jamais dévié de cette route consentie collectivement, c’est parce qu’il est capable de mobiliser au delà du parti socialiste de nouvelles forces pour notre projet, c’est parce qu’il est évident qu’il mettra le parti au travail et que nous en avons besoin, c’est pour tout cela que je l’encourage, comme j’encourage Thierry Mandon et Arnaud Montebourg à poursuivre, avec détermination, la route que nous avons voulue.

    Oublions La Rochelle ou tirons-en vite les enseignements !

    Au travail en vue d’un Congrès de Reims qui nous donne la certitude de l’ouverture de l’appareil du parti et qui nous assure qu’il travaillera plus à la satisfaction des besoins de tous les citoyens qu’à celle de ses caciques ! J’aime beaucoup Martine, Bertrand, Ségolène et les autres, je les admire infiniment pour leur dévouement. Mais au milieu de tous ces dévouements, il en est un qu’il faut privilégier : assurer notre retour sur la scène politique avec une politique socialiste fondée et un discours critique fort et argumenté.

    Merci à Pierre en particulier de continuer à se dévouer comme il le fait, malgré ses inquiétudes.

    Régina

  2. monique marcadé on 6 septembre 2008 12:34

    Je partage tout à fait les commentaires de Regina.Vendredi soir,heureuse de nous retrouver aussi nombreux,je suis sortie rassurée de la réunion persuadée que nous tenions le bon bout.En échangeant avec des camarades,nous nous avons poussé un”ouf”de soulagement,notre contribution été présente comme promis l’an passé,et en plus nos représentants nationaux semblaient unis.Enfin la social-démocratie pouvait se faire entendre et rassembler largement.Quelle déception le samedi,quel spectacle affligeant nous avons offert aux autres qui n’attendaient qu’un faux pas de notre part.Mes premières pensées ont été pour Pierre Moscovici,et je continue à lui apporter mon soutien,car je suis persuadée que ses propositions sont bonnes pour le parti et les français en état de souffrance et de désespérance pour une majorité d’entre eux.
    Ce n’est pas la lettre de J-Cambadélis qui est faite pour me rassurer.Mais je veux y croire jusqu’au bout,courage Pierre nous sommes nombreux à apprécier ta droiture,et à t’apporter notre soutien.

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