Remettre le parti au travail : des conventions nationales et un leadership de travail
Parmi les exigences de Besoin de gauche, celle qui est probablement la plus importante est d’ordre à la fois organisationnel et programmatique car elle concerne l’organisation de conventions nationales.
Dans notre contribution, nous envisageons un programme de travail dans les deux années qui viennent composé sept conventions nationales organisées dans le cadre d’ateliers de l’alternative car il nous semble que la stratégie de reconquête du pouvoir englobe aussi la manière dont nous élaborons notre orientation et nos propositions.
Les conventions nationales sont prévues par nos statuts
Dans les statuts du Parti socialiste, les conventions nationales sont prévues, ainsi que les conférences militantes. Celles-ci ne se sont jamais tenues. Pourtant, les statuts de 2003 étaient clairs : « la convention nationale du Parti est réunie deux fois l’an sur un thème de discussion fixé par le conseil national. La décision de convocation précise l’effectif des délégués et les modalités de la discussion collective. Toute convention nationale est précédée d’une convention fédérale et, si le sujet le nécessite, d’une convention régionale. [...] Une question est inscrite à l’ordre du jour de la convention nationale dès lors que 5 000 adhérents, répartis dans au moins 20 fédérations, avec un maximum de 500 signatures et un minimum de 25 signatures par fédération, en font la demande. [...] Une conférence militante est réunie au moins une fois par an par le conseil national, qui en fixe l’ordre du jour. Elle a pour objet de permettre aux adhérents de se prononcer sur des questions d’actualité politique nationale ou internationale. [...] Les programmes électoraux demeurent de la compétence du congrès ou d’une convention nationale. »
Cela veut dire qu’il n’est pas toujours besoin d’inventer de nouvelles formes démocratiques. Il suffirait d’appliquer simplement les statuts.
Tirer des leçons du passé récent et du passé lointain
Ces statuts adoptés à Dijon en 2003 n’ont débouché sur rien. On aurait pu, par ces conventions ou ces conférences militantes préparer les échéances de 2007 et éviter les divisions de 2004-2005. Au contraire, la direction sortante a choisi des calendriers serrés qui corsetaient les débats entre militants et elle ne mettait pas toujours les travaux d’élaboration politique soient au centre de son actualité médiatique et de la mobilisation des militants et des cadres. On l’a vu avec les Etats généraux ou les Forums de la rénovation.
Pour réussir ces conventions, il faut s’émanciper du carcan électoral. Certes, il faudra préparer les élections européennes et régionales, mais toute l’action du PS ne peut être entièrement subordonnée aux élections. C’est l’argument qui a été utilisé pour justifier l’inaction dans le domaine programmatique.
Pourtant, durant la seule année 1996, le Parti socialiste s’était mis au travail. On avait à la fois construit la majorité plurielle et fait travailler le Parti autour de conventions nationales pour la redéfinition de son projet et de ses orientations programmatiques. Les sujets d’alors étaient “la mondialisation, Europe et la France”, “les acteurs de la démocratie” et “nos propositions économiques et sociales”. Il s’agissait d’être prêt pour des élections qui eurent finalement lieu plus tôt que nous gagnâmes.
Il est donc possible de se donner le temps de travailler. Il est possible faire en deux ans ce qui a été fait en un.
C’est un moment d’élaboration collective. Il en va de la capacité du Parti à associer aussi bien le monde du savoir, les experts ou les intellectuels que les élus et les militants. Dans une société qui communique de plus en plus et où l’accès à l’information se démocratise, le Parti ne peut être se doter d’un projet fourre tout au nom du « participatif » ni d’une doctrine venue d’en haut au nom d’une conception élitiste de la politique ou du pouvoir. C’est pas un travail sincère et sérieux que l’on saura garder les militants et les convaincre que le Parti socialiste montrera on ouverture sur le monde, son sens de la clarté et de l’écoute ainsi que sa capacité à incarner l’alternative.
Dans notre manière de faire, il faudra aussi faire la différence avec la droite : une démonstration de force de notre conception de la démocratie.
Voilà ce que nous proposons.
Sept conventions nationales pour 2009-2010 :
1. Imaginer un modèle de croissance qui tienne pleinement compte de la nouvelle donne écologique.
2. Placer au cœur de notre politique la qualité de vie de l’homme au travail.
3. Développer un nouveau modèle d’Etat social.
4. Promouvoir une démocratie renouvelée.
5. Garantir la liberté de choix du destin individuel.
6. Construire une Europe unifiée et puissante.
7. Mettre la France au service d’un monde moins déséquilibré.
Pour un leadership de travail
Nous militons pour ce que nous appelons un « leadership de travail » dans lequel l’objectif de résultat aurait autant d’importance que les précautions de représentation.
Depuis 1971, la direction du PS a connu une inflation incessante. Le secrétariat national issu du congrès d’Epinay était composé de dix personnes. Après la victoire de 1981, il est composé de seize secrétaires nationaux et douze secrétaires nationaux adjoints. A l’issue du congrès de Rennes, en comptant les secrétaires nationaux auprès d’autres secrétaires nationaux, on passe à une trentaine de personnes. De la période où Laurent Fabius était premier secrétaire jusqu’au congrès de Liévin, le Parti a renoué avec des directions « resserrées » tournant autour de la quinzaine de dirigeants.
Mais depuis le congrès de Brest, le nombre de membres du secrétariat national n’a cessé d’augmenter et si on cumule les secrétaires nationaux et leurs adjoints, les responsables et les délégués nationaux on dépasse la centaine en sachant au passage que pour un secteur, il peut y avoir jusqu’à cinq délégués nationaux (pour l’éducation populaire par exemple), sans parler bien sûr de la transversalité…
Est-ce que cette augmentation des postes de responsabilité a accru l’efficacité de la direction, la qualité du travail et l’émergence de cadres nouveaux et de talent ? La réponse, à l’aune des résultats électoraux ou de la perception du Parti par ses militants ou par les électeurs, est évidemment négative ; même si, certains ont été consciencieux et assidus.
On sait pourquoi il y a tant de responsables politiques et si peu d’activité. C’est un moyen de s’assurer des fidèles. C’est pour ces fidèles un moyen de faire carrière. La volonté de donner des gages aux sensibilités pour plaire à tout le monde est plus forte que l’exigence de remplir des buts politiques simples : doter le parti d’une orientation claire, de propositions intelligentes et entretenir un dialogue sérieux avec les acteurs associatifs, culturels, syndicaux ou économiques qui croient que le PS est le parti qui peut porter leurs revendications. Au lieu de cela, les questions d’appareil prennent le pas sur le reste. Il y a un marquage à la culotte permanent qui n’est même pas une saine émulation pour travailler, mais pour impuissanter l’autre.
Les cumul de fonctions et de mandats limitent tout autant l’efficacité dans le travail. Un secrétaire national, par ailleurs élu local quand il n’est pas parlementaire, n’a pas la même disponibilité qu’un secrétaire national qui n’est que secrétaire national. On le voit dans le travail au quotidien avec les permanents du Parti, dans la capacité à assurer le suivi des tâches. Le cumul des fonctions implique qu’aucun responsable du parti ne place sa fonction dans le parti à la première place.
En revendiquant un leadership de travail, nous militons simplement pour que l’équipe dirigeante du Parti ne soit pas que l’expression des courants ou pire - par la multiplication des postes, un « mini-secrétariat national » pour chaque courant, mais au contraire une équipe qui suive une feuille de route dûment structurée par le Premier secrétaire et qui soit redevable devant le conseil national de son bilan de travail.
Il s’agit en effet de travailler et pas d’inscrire une ligne de plus sur une carte de visite. Il s’agit de travailler pour peser sur la situation politique et donner au Parti une dynamique qui lui permettra réellement d’incarner l’alternative à la droite et de répondre au besoin de gauche.
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